Thérapeute pour..quoi ?
Selon l'étymologie du mot : Thérapeute vient du grec «
thérapeutikos » qui signifie : qui prend soin de
Et thérapeuein
qui signifie : « être le serviteur, l'écuyer »
C'est ce dont parle Groddeck dans son livre « la maladie, l'art et le
symbole » quand il distingue deux tendances chez les soignants, celui
qui traite et celui qui sert.
"Celui qui traite croit agir en médecin avec une partie
seulement de sa personne, avec son savoir ou son pouvoir; mais toujours, il
n'est actif qu'avec une partie de sa personnalité, et le mot traitement
l'induira toujours à croire qu'il doit conduire, qu'il peut et doit
diriger l'événement.
Celui qui sert, par contre, sait qu'il doit se plier à son maître,
qu'il est en service avec sa personne tout entière, avec sa peau et
ses os et non pas seulement avec son savoir et son pouvoir, qu'il est tenu
de deviner les vux et les besoins du maître, qu'il doit s'adapter
jusqu'au tréfonds de son être à la nature de son maître,
et que, s'il n'en est pas capable, il doit le dire ouvertement et s'en remettre
au maître pour qu'il décide s'il veut et peut supporter les propriétés
du serviteur, s'il peut ou non les supporter sans déplaisir."
Sans avoir encore lu ces écrits, j'avais déjà pris conscience
de cette différence en passant de ma pratique d'iridologue à
ma pratique d'astrologue.
Guider les personnes en perte de repères, mettre en uvre toutes
mes capacités d'attention, de perception, de compréhension pour
les aider à donner du sens à leur quotidien et à leur
vie intérieure, ajuster toujours plus précisément leur
vécu au symbole en question, à l'héritage qu'il représente,
les aider à saisir le fil conducteur qui ne les quitte pas sans qu'elles
en ait réellement conscience engage le thérapeute de façon
tout autre que lorsqu'il conseille ou prescrit.
Grâce à un décryptage et une remise en ordre des données
qu'elles apportent, les personnes retrouvent du sens à ce qu'elles
vivent et perçoivent des directions nouvelles à emprunter.
C'est
un travail qui correspond tout à fait à cette citation de Pierre-Yves
Boily dans son livre «Psy, thérapeutes et autres sorciers »
:
« Les confidences que vous me ferez plus ou moins sciemment formeront
la pâte de laquelle je pétrirai pour vous un nouveau pain, en
espérant qu'il pourra vous nourrir suffisamment pour que vous redéployez
votre énergie. »
Cela se conjugue avec une des fonctions du thérapeute : la fonction
enseignante qui aide la personne à réaliser que le vivant fonctionne
selon des lois, des cycles, des rythmes ; qui aide à remettre en ordre
des notions fondamentales : le sens de chaque fonction parentale par exemple,
de la place de l'enfant du rôle et de la nécessité du
sevrage et de l'interdit, de la nature de chaque fonction : masculine et féminine
etc
Ceci dit, si aider à élaborer est thérapeutique car structurant,
le support de l'astrologie reste très mental, extérieur au patient
et même en se calant au maximum sur le ressenti de la personne, le sens
extrait dépend encore d'une parole, extérieure à elle.
Encore faut-il aussi aider la personne à saisir de l'intérieur
les schémas qui la constituent et à se libérer de ses
carcans pour entrer dans la phase de la thérapie qui serait celle de
la reconstruction.
Dans les années 80 où fleurissaient la bioénergie, le
rebirth, le cri primal, l'art brut, hurler, taper, crier, pleurer, pratiquer
l'hyperventilation et des exercices de stress étaient des modes qui
semblaient nécessaires pour casser la cuirasse musculaire, libérer
la parole, les émotions enfouies, afin de récupérer à
son « actif » son énergie et par là même une
aisance corporelle, mentale et relationnelle car contenir et refouler les
émotions absorbe une grande quantité d'énergie. Wilhelm
Reich a longuement développé ces notions.
Au travers de ces manifestations un peu spectaculaires, il est question de
cette phase où la thérapie consiste à aider la personne
à oser se dire que ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent ont du sens.
Que la compréhension qu'elle avait eu enfant de ce qui se jouait autour
d'elle pouvait être juste mais qu'elle avait dû refouler cette
justesse en fonction des codes familiaux, au point de se rendre bête
et de perdre toute confiance en elle ou au point d'être dans une telle
ébullition intérieure que ses réactions la dépassent
Etc
C'est la fonction du thérapeute qui redonne ses droits à l'individu
qui a été bafoué, mal traité, écrasé.
Le thérapeute faisant alors office de « bon parent » tantôt
mère, tantôt père, celui qui entend l'enfant, ses manques,
ses besoins, ses choix, sans culpabiliser, nier, ergoter ; qui entend l'adulte,
ses erreurs, ses tâtonnements, ses rêves, ses désespoirs
avec patience et bienveillance.
Comme le dit encore Pierre-Yves Boily « L'attention que le sorcier
vous porte est empreinte d'une pudeur chaleureuse et d'une curiosité
sensible. Recevoir vos pleurs, légitimer vos colères, entendre
vos rires, accepter vos contradictions, reconnaître vos peurs, être
témoin de vos tensions et de vos détentes, retenir vos incertitudes
et soutenir vos certitudes, voilà des ingrédients que les thérapeutes
veulent incorporer dans leur mystérieuse recette relationnelle. »
« Nous les médecins de l'âme tentons de vibrer un moment
au même diapason que vous (un moment seulement, pour ne pas nous empêtrer
dans les même difficultés que vous). Nous cherchons à
voir, à sentir, à entendre les nuances et les variations de
vos émotions, de vos idées, de vos perceptions de vous même
et des autres.
»
C'est cette fonction du thérapeute qui redonne de la consistance au
Moi, celui-ci étant la base première de toute identification.
Accompagner l'autre dans les méandres de sa vie intérieure,
c'est « prendre soin de lui » en étant attentif à
sa voix, ses silences, la posture de son corps, sa respiration, les mots choisis,la
position des coussins lorsque l'on travaille en gestalt etc.. c'est-à-dire
à tous ces signes qui émanent de lui, dont il n'est pas conscient
et qui lui permettent de s'approcher de plus en plus intimement.
Sous l'impulsion
confiante du thérapeute c'est lui permettre de se donner ses propre
réponses et ainsi d'acquérir une conscience plus aigue de son
ordre intérieur.
Car là aussi, j'ai expérimenté plusieurs fois que pour
redonner confiance à l'autre il est nécessaire d'avoir confiance
dans les capacité de restructuration que tout être possède
même si cette confiance est parfois mise à rude épreuve.
Voici ce que dit Pierre-Yves Boily à ce sujet : « A la base
de toute vocation de sorcier, il y a le refus qu'une situation problématique
soit sans issue. Il se peut que je ne trouve pas la solution mais elle existe
ou peut être inventée. (
.) la relation d'aide se fonde
sur la croyance que l'expérience et les capacités des êtres
humains peuvent dépasser le fatalisme, même dans des situations
limites.»
Il arrive que certaines personnes craignent en entamant une thérapie
de devenir égoïstes, égocentriques. Et il est vrai qu'après
avoir permis de redonner du sens, et une consistance intérieure la
thérapie peut aussi avoir un effet peu conciliable avec un véritable
épanouissement : celui d'enfermer dans un fonctionnement monolithique
: je sais ce qui est bon pour moi, c'est ce que je sens, c'est ma vérité
et personne n'aura plus jamais le droit d'y toucher etc
Le Moi devient alors un Ego enfermant et autoritaire sur une base d'autoprotection.
L'extérieur reste encore symbole de danger.
Cela demande d'aborder une nouvelle étape de la thérapie, étape
impossible à considérer avant qu'un minimum de sécurité
intérieure soit établie.
Après s'être occupé de la personne blessée, et
en quelque sorte lui avoir rendu justice, il est important de lui permettre
de réaliser la place qu'elle occupe dans l'histoire familiale ; ce
qu'est l'histoire de ses parents, celle des générations passées
à l'époque où ils vivaient ; en somme d'élargir
sa vision afin qu'elle puisse resituer dans leur contexte les faits qui l'ont
ainsi éprouvé.
Voici ce qu'en dit Pierre Yves Boily : « Elargir le cadre de référence
veut dire explorer votre difficulté en l'inscrivant dans un contexte
conjugal, familial, organisationnel, social, historique, mondial, interplanétaire
ou universel jusqu'à ce que vous y trouviez un sens. Cela ressemble
au recul que l'on prend pour juger un tableau, pour voir le paysage représenté
plutôt que les taches désordonnées qui nous apparaissent
quand on a le nez dessus. Le sorcier cherche à discerner, dans ce qui
vous apparaît comme un labyrinthe absurde et dangereux, le fil d'Ariane
qui vous guidera loin du monstre dévorateur de vie. »
La psychogénéalogie entre dans ce contexte. Cela revient à
aider la personne à faire le deuil des parents idéaux et par
la même de la société idéale ; de cesser de réclamer
un dû pour apprendre à se situer dans la réalité
présente.
C'est la phase de la thérapie où il est nécessaire de
réaliser ce qui cause en soi et même « qui ? » cause
en soi lorsque nous sommes tant en difficulté.
Par qui et par quel fonctionnement sommes-nous possédés ? afin
de pouvoir réellement naître à soi même comme le
dit Nina Canault dans son livre « Comment paye-t-on la faute de ses
ancêtres" : « C'est faire la part des mandats mal aboutis
que nous avons repris à notre compte et dégager ce qui nous
met authentiquement en résonance avec nous-même. »
Le thérapeute devient alors comme un passeur qui humanise, qui permet
un élargissement de conscience, qui aide à identifier les souffrances
passées et à guérir les âmes des ancêtres
pour quelles ne planent plus dans la vie des patients comme des fantômes
qui l'engloutissent.
Ceci dit, elles ne sont pas rares les personnes qui, de plus en plus conscientes
de ce qui se passent en elles et de ce qu'elles répètent, n'arrivent
pas à changer tel ou tel comportement tout en réclamant ce changement.
Et voici encore une nouvelle étape de la thérapie, celle de
la métamorphose et du nettoyage énergétique. Celle où
nous devenons conscients de notre propre responsabilité : continuons-nous
à mettre le passé dans le présent où faisons-nous
le choix de vraiment changer ?
C'est la phase ultime de la thérapie qui demande une extrême
vigilance quotidienne tant au niveau de notre langage que de notre pensée.
Très
difficile car il s'agit d'acquérir une vision de plus en plus nette
de ses propre fonctionnements, du schéma familial qui les a créés
et d'arracher de soi des réactions instinctives pour créer de
nouveaux fonctionnements.
C'est la prise de conscience que notre instinct n'est pas automatiquement
juste, qu'il peut n'être que la répétitions de fonctionnements
asociaux.
le livre de Tobie Nathan : « L'influence qui guérit » m'a
beaucoup aidé à mettre des mots sur ce que je ressentais confusément
c'est à dire la nécessité de bousculer parfois le patient
qui tout en ayant fait un long travail de thérapie reste fixé
à ses ornières comme s'il se complaisait à ressasser
la douleur.
Même si Tobie Nathan s'occupe plutôt d'un public de migrants cela
m'a conforté d'entendre ces mots : «
Un sujet est toujours
susceptible d'être révélé à lui-même,
c'est à dire de naître. (
) D'un traumatisme nécessaire
découle la possibilité de redémarrer tout le développement
psychogénétique à partir d'un instant J qui marque la
naissance initiatique du sujet. (
) Une telle conception réserve
à l'instance thérapeutique la possibilité de réinscrire
toute l'histoire déjà connue du sujet, déjà vécue,
dans une nouvelle matrice qui rend caduques les significations précédentes.
Ainsi les actes, les pensées et surtout les interprétations
qu'en avait le sujet sont-ils invalidés d'un seul coup. Le sujet procède
alors à une réinterprétation de son passé à
la manière de la réécriture des livres d'histoire dans
un monde de cauchemar orwellien. »
Cela
demande au thérapeute d'aider la personne à se mettre comme
à une place d'observateur, de contacter « son sage intérieur
» qui sait, qui voit et qui peut objectiver les conditionnements dans
lesquels elle est empêtrée.
Voici comment en parle Eckart Tolle : « Tout comme vous ne pouvez
vous battre contre l'obscurité, vous ne pouvez pas non plus vous battre
contre votre souffrance. Essayer de le faire créerait un conflit intérieur
et par conséquent davantage de souffrance. Il suffit de l'observer
et cela suppose de l'accepter comme une partie de ce qui est en ce moment.
(
) Si vous regardez attentivement vous découvrez que votre façon
de penser et votre comportement font en sorte d'entretenir la souffrance,
la vôtre et celle des autres. (
) Soyez en permanence le vigilant
gardien de votre espace intérieur. La souffrance alimente la flamme
de votre conscience qui, ensuite brille par conséquent d'une lueur
plus vive. Voilà la signification ésotérique de l'art
ancien de l'alchimie : la transmutation du vil métal en or, de la souffrance
en conscience. »
Le thérapeute devient celui qui aide à réaliser combien
il est facile d'entretenir son mal être et combien nous sommes nous-même
responsables de la mise en place de notre bonheur.
le thérapeute, en fonction de sa propre démarche personnelle,
peut aider ou non à amorcer cette démarche. Nous arrivons à
la dimension plus spirituelle de la thérapie qui demande autant d'acceptation
et de tolérance vis-à-vis de soi-même que d'exigence.
Qualités qui lorsqu'elles s'acquièrent en soi se développe
dans la relation aux autres et participent un peu à la transformation
du monde.
Après
avoir parlé de ces différentes étapes de la thérapie,
il est évident que certaines ne seront jamais abordées avec
des patients car certains ne recherchent pas cette profondeur.
Il est fondamental que le thérapeute respecte la demande du patient.
N'oublions pas, il est à son service pour le soin qu'il demande même
si cela le « chatouille » d'avoir envie de mener l'autre plus
loin. La mise en place du respect et de l'autodétermination de l'autre
est aussi grandement thérapeutique de même que la conscience
que la thérapie n'est qu'un sas dans la vie.
J'aime beaucoup comment en parle Pierre-Yves Boily : « La fin d'une
relation d'aide ne marque pas la fin du processus de résolution de
votre problème. Quand vous abandonnez le sorcier, vous reprenez une
grande aventure, un long pèlerinage, une expédition périlleuse
semée de difficultés, votre vie. Tant que dure votre relation
avec le psy, vous êtes comme un voyageur en transit (
) Pour poursuivre
votre route, vous devez quitter celui qui vous a aidé à dessiner
une carte. »
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