...
Claude Vieux.
psychopraticien pour quoi ?
Lors
de ma formation, mes thérapeutes insistaient beaucoup sur le fait
que l'on était thérapeute d'abord pour soi-même. Je
suis tout à fait en accord avec cette conception. C'est essentiellement
dans un but de réparation que j'ai commencé à exercer
ce métier. J'en ai déjà parlé, je ne reviendrai
pas sur l'ensemble des sentiments d'injustice que j'ai pu réparer
en devenant thérapeutes.
Peu à peu, dans la pratique de mon métier, j'ai découvert
que je pouvais avoir un rôle et une place dans la société.
Place non négligeable puisqu'elle permet d'avoir différentes
fonctions ; parmi elles, celle de guide.
Si je me sens guide dans ma pratique, c'est plutôt comme un guide
touristique, celui qui fait visiter un lieu qu'il connaît bien pour
l'avoir parcouru de longue date. Il indique les différents aspects
et les curiosités de l'endroit :
"levez la tête, vous verrez une magnifique fresque représentant
la mère et l'enfant ! A votre gauche, une représentation assez
rare de la sortie de l'dipe
Plus bas, il faut vous baisser pour
reconnaître, dissimulées par les herbes folles, les ornières
de la névrose, les fameuses répétitions !..."
Je suis un guide, je fais visiter l'espace psychique de la personne qui
vient me voir.
Rôle, essentiel à mes yeux.
Permettre à l'autre de mieux se connaître, c'est en soi déjà
une uvre qui me va tout à fait. Les personnes qui viennent
me consulter perçoivent qu'il n'y a aucun jugement lorsque je les
aide à mettre en évidence des parties d'elles-mêmes
qu'elles se sont toujours obstinées à ne pas voir. Elles entendent
que c'est cela qui les fait souffrir, en découvrent peu à
peu les origines (souvent familiales ou transgénérationnelles).
Ensuite nous essayons ensemble de trouver le moyen de sortir de ces fonctionnements
douloureux. Après cela, la personne s'en va, riche des découvertes
qu'elle a pu faire, expérimenter une autre facette d'elle, un autre
mode de vivre
C'est là que j'ai découvert que j'avais, en tant que thérapeute,
un rôle très particulier dans la société, celui
d'orientateur. Je fais confiance à la nature humaine, plus exactement
à la conscience. En soulageant les personnes d'une part de leur souffrance,
je fais le pari qu'elles vont aller vers plus de lumière, plus de
justice, plus de sérénité, moins de haine de soi et
de l'autre, plus d'amour (un bien grand mot) et qu'ainsi elles vivront mieux,
apporteront une part de conscience dans le monde où elles vivent.
Allégées du poids de souffrance qu'elles portaient, elles
vont pouvoir uvrer à construire un monde que je rêve
meilleur.
J'ai déjà parlé plus haut de mon rêve de voir
la terre devenir un jour un jardin de philosophes, il me semble qu'en faisant
mon métier je travaille dans ce sens-là, aider à l'avènement
de cette ère nouvelle où les humains vivront dans ce jardin,
en paix.
Heureusement que nous sommes entre nous et que je vous sais indulgents,
sinon je me sentirais un peu ridicule d'afficher de telles utopies. Chaque
jour les nouvelles du monde viennent contredire violemment mes propos, elles
pourraient me démontrer que je suis en plein délire ou en
pleine illusion mais, en général, je garde bon espoir.
Il y a l'échelle des nouvelles diffusées par les médias
et il y a celle, beaucoup plus petite (infime pourrait-on dire) et confidentielle,
des effets que le travail quotidien produit sur les gens qui viennent me
voir. Ces métamorphoses, les gazettes n'en parlent pas et leur effet
est tout à fait limité dans l'espace ; rien de spectaculaire
qui puisse intéresser la télé, c'est de l'individuel,
pas du travail de masse.
Je vous le disais plus haut, je crois que la conscience humaine s'accroît
et tend vers plus d'expansion. Ma pratique me le montre chaque jour. Je
vois mes clients progresser lentement, péniblement sur le chemin,
se perdre, trébucher, répéter, souffrir sans comprendre
mais, quand même, les résultats arrivent. J'en suis parfois
moi-même surpris.
Ils s'ouvrent, se transforment, trouvent des solutions là où
il n'y avait que blocages et désespoir, réalisent certaines
de leurs aspirations, découvrent le désir perdu, la tendresse
et la joie. Beaucoup d'entre eux, pas tous il est vrai mais une large majorité.
Mes formateurs thérapeutes, Jean et Janine Assens avaient conçu
la notion de "miroir blanc/miroir noir". Je vais essayer de traduire
ce concept en quelques mots. Nous parlons souvent de conscience, sachant
que l'être humain, depuis les cavernes, est "homo sapiens sapiens",
celui qui sait qu'il sait. La fameuse conscience d'être ; c'est pour
cela que notre conscience est dite réflexive. Reste à savoir
ce que nous réfléchissons
Jung a longuement pensé et écrit sur le sujet ; par exemple,
dans son autobiographie, le récit de ses voyages dans l'Afrique sauvage
de son époque a été l'occasion de s'interroger sur
la fonction de l'homme qui nomme et "réfléchit"
ainsi la création. Avant l'arrivée de l'être humain,
qui portait témoignage de la beauté et de la diversité
de la création ? disait-il en substance.
Avant homo sapiens, personne n'avait nommé les êtres et les
choses qui peuplent son environnement, la planète, le cosmos et le
créateur lui-même. Si dieu existe nous pouvons penser que c'est
parce que l'homme l'a nommé !... Nous pouvons également nous
considérer comme créature chargée de réfléchir
l'image de sa création vers son créateur. L'objet qui réfléchit
c'est le miroir, nous serions miroirs, plus exactement notre conscience
le serait, puisqu'elle est réflexive
A partir de là, nous pouvons choisir de faire uvre de miroir
blanc ou de miroir noir, réfléchir la lumière ou réfléchir
l'ombre. Mettre de l'énergie à faire monter la lumière
ou l'ombre. C'est peut-être là que réside notre libre-arbitre
En tant que thérapeute, je mets mon énergie à faire
monter la lumière dans la conscience de ceux qui viennent vers moi.
Je les aide à voir leur part de lumière alors que je passe
mon temps à les exhorter à sortir leur noirceur. Paradoxe
qui n'en est pas vraiment un puisqu'en mettant le noir à jour, il
ne l'est plus
Dans ses conférences, Jean Assens nous poussait à devenir
des miroirs blancs pour lutter contre tous les miroirs noirs de la planète.
J'ai suivi le chemin tracé par le père transférentiel
que je me suis trouvé. Je suis thérapeute pour tenter de jouer
mon rôle de miroir blanc, pour essayer aussi de permettre à
d'autres de le devenir. Je travaille à ce que l'on peut appeler l'expansion
de la conscience réflexive. Un beau métier.
Saint Antonin Nobleval, 26 juillet 2006.
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