Qui sommes nous ?

Dominique-Hélène Waguet

Née d’un très jeune couple qui déjà se déchirait, j’ai dès ma naissance été plongée dans les méandres et les tourments de la vie affective. Les fonctionnements des adultes me laissaient perplexe et je grandissais quêtant de-ci, de-là une sécurité que je ne trouvais pas. Mon père, lui-même en quête de solutions destinées à répondre aux difficultés des élèves dont il s’occupait me permis de comprendre que la vie intérieure pouvait être un terrain d’étude et de réflexions.
Vers dix-sept ans, j’ai cherché des réponses qui puissent donner un sens à ce qui m’entourait. Des livres m’y ont aidé : “Le monde et ses symboles” de Jung, les écrits de Bettelheim et ceux de Marie-Louise Von Frantz sur l’interprétation des contes de fée, m’apportaient quelques clés : une structure sous-tend tout ce que nous voyons et entendons. Il suffit de la décrypter pour donner sens à ce qui peut sembler absurde ou incohérent. Une ligne était lancée.
Mes pas se sont dirigés naturellement vers les métiers d’éducatrice, institutrice pour classe de perfectionnement, c’est-à-dire vers les plus paumés, espérant apporter un apaisement à ceux dont je me sentais intérieurement très proche. Je me suis vite rendue à l’évidence que pour aider l’autre efficacement il s’agit d’abord de se soigner soi-même. Entamer une psychothérapie devenait nécessaire et l’urgence de toujours donner plus de sens aux fonctionnements vitaux ne me quittait pas. J’avais 27 ans.

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Claude Vieux

Il y a en moi un puits très profond.
Et dans le puits, il y a Dieu.
Parfois je parviens à l’atteindre.
Mais le plus souvent, des pierres et des gravats obstruent le puits,
et Dieu est enseveli.
Alors il faut le remettre au jour.
Etty Hillesum. « Une vie bouleversée. »


Très tôt, encore enfant, j’ai pris conscience de l’imperfection du monde. Il était en total décalage avec ce qu’il aurait dû être à mes yeux : un jardin de philosophe.
Cela a déterminé ma vie entière…
La maladie de mon père – il était dépressif mais ce mot (et ce mal) n’existait pas dans mon univers – s’est manifestée lorsque j’avais 9/10 ans et n’a jamais plus cessé. L’abandon qui en a résulté a suscité en moi un fort sentiment d’injustice qui, plus tard, m’a ouvert les yeux sur l’injustice sociale.
Peu à peu, je compris que le monde tout entier, et pas uniquement mon père, était malade.
Autant l’enfant aurait tout donné pour que son père guérisse, autant l’adulte, entre rage et désir de réparation, s’est appliqué à tenter de transformer le monde et l’homme. Jusqu’à comprendre qu’il fallait l’écouter et l’aimer.
Pour en arriver là, il m’a fallu opérer un retournement sur moi-même, c’est-à-dire une thérapie où la psychogénéalogie soit prise en compte. Moi qui souffrait du manque de père, j’ai découvert que j’avais le droit d’en être un et que l’abandon, s’il se répétait dans l’arbre, n’était pas une fatalité. J’ai perçu que mon père, malgré sa souffrance et sa déchéance, m’avait transmis la richesse de ses ancêtres alors que je pensais n’avoir pour héritage positif que les transmissions maternelles.
Cette prise de conscience m’a littéralement transformé. Je pouvais relever la tête et être fier de mes origines, des deux côtés. Jusque-là, j’étais le fils de ma mère, je devenais celui de ma mère et de mon père…
On sait bien que le plaisir, le désir, la joie, l’amour dilatent ; que l’apaisement de l’angoisse ouvre le cœur, les oreilles et les yeux ; que le sens donné à une souffrance ne la fait pas disparaître mais donne sens à la vie.
On sait aussi qu’un homme en paix avec lui-même, ne serait-ce qu’en partie, le sera aussi avec autrui.
C’est au thérapeute d’agir pour la paix dans le monde, c’est son rôle et sa fonction. Se mettre en paix avec lui-même et aider l’autre à en faire autant pour que le monde s’apaise, pour que le monde se transforme en un jardin de philosophe…
Bien entendu, je ne vis pas en permanence avec ce sentiment clairement formulé en moi. Je suis souvent le nez collé sur le quotidien mais je sais que cette motivation est le moteur profond de mon action, de ma vie parmi les hommes.
D’autres, habités de désirs semblables, militent, « font » de l’humanitaire ou prient, chacun sa voie. La mienne serpente en marge de la société, juste sur la frontière. A l’orée du village et de la tribu humaine comme dirait Pierre-Yves Boily dans son livre « Psy, thérapeute et autres sorciers » (Editions VLB). Je suis dedans et dehors en même temps. Ça fait partie du devoir de réserve, de retrait, il me semble. Ça facilite le sentiment de neutralité que viennent chercher les gens qui me font confiance.

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