Dominique-Hélène Waguet : thérapie individuelle.

Thérapeute pour..quoi ?


Selon l’étymologie du mot : Thérapeute vient du grec « thérapeutikos » qui signifie : qui prend soin de… Et thérapeuein qui signifie : « être le serviteur, l’écuyer »


C’est ce dont parle Groddeck dans son livre « la maladie, l’art et le symbole » quand il distingue deux tendances chez les soignants, celui qui traite et celui qui sert.
« Celui qui traite croit agir en médecin avec une partie seulement de sa personne, avec son savoir ou son pouvoir; mais toujours, il n’est actif qu’avec une partie de sa personnalité, et le mot traitement l’induira toujours à croire qu’il doit conduire, qu’il peut et doit diriger l’événement.
Celui qui sert, par contre, sait qu’il doit se plier à son maître, qu’il est en service avec sa personne tout entière, avec sa peau et ses os et non pas seulement avec son savoir et son pouvoir, qu’il est tenu de deviner les vœux et les besoins du maître, qu’il doit s’adapter jusqu’au tréfonds de son être à la nature de son maître, et que, s’il n’en est pas capable, il doit le dire ouvertement et s’en remettre au maître pour qu’il décide s’il veut et peut supporter les propriétés du serviteur, s’il peut ou non les supporter sans déplaisir. »


Sans avoir encore lu ces écrits, j’avais déjà pris conscience de cette différence en passant de ma pratique d’iridologue à ma pratique d’astrologue.
Guider les personnes en perte de repères, mettre en œuvre toutes mes capacités d’attention, de perception, de compréhension pour les aider à donner du sens à leur quotidien et à leur vie intérieure, ajuster toujours plus précisément leur vécu au symbole en question, à l’héritage qu’il représente, les aider à saisir le fil conducteur qui ne les quitte pas sans qu’elles en ait réellement conscience engage le thérapeute de façon tout autre que lorsqu’il conseille ou prescrit.
Grâce à un décryptage et une remise en ordre des données qu’elles apportent, les personnes retrouvent du sens à ce qu’elles vivent et perçoivent des directions nouvelles à emprunter.

C’est un travail qui correspond tout à fait à cette citation de Pierre-Yves Boily dans son livre «Psy, thérapeutes et autres sorciers » :
« Les confidences que vous me ferez plus ou moins sciemment formeront la pâte de laquelle je pétrirai pour vous un nouveau pain, en espérant qu’il pourra vous nourrir suffisamment pour que vous redéployez votre énergie. »


Cela se conjugue avec une des fonctions du thérapeute : la fonction enseignante qui aide la personne à réaliser que le vivant fonctionne selon des lois, des cycles, des rythmes ; qui aide à remettre en ordre des notions fondamentales : le sens de chaque fonction parentale par exemple, de la place de l’enfant du rôle et de la nécessité du sevrage et de l’interdit, de la nature de chaque fonction : masculine et féminine etc …
Ceci dit, si aider à élaborer est thérapeutique car structurant, le support de l’astrologie reste très mental, extérieur au patient et même en se calant au maximum sur le ressenti de la personne, le sens extrait dépend encore d’une parole, extérieure à elle.
Encore faut-il aussi aider la personne à saisir de l’intérieur les schémas qui la constituent et à se libérer de ses carcans pour entrer dans la phase de la thérapie qui serait celle de la reconstruction.


Dans les années 80 où fleurissaient la bioénergie, le rebirth, le cri primal, l’art brut, hurler, taper, crier, pleurer, pratiquer l’hyperventilation et des exercices de stress étaient des modes qui semblaient nécessaires pour casser la cuirasse musculaire, libérer la parole, les émotions enfouies, afin de récupérer à son « actif » son énergie et par là même une aisance corporelle, mentale et relationnelle car contenir et refouler les émotions absorbe une grande quantité d’énergie. Wilhelm Reich a longuement développé ces notions.
Au travers de ces manifestations un peu spectaculaires, il est question de cette phase où la thérapie consiste à aider la personne à oser se dire que ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent ont du sens. Que la compréhension qu’elle avait eu enfant de ce qui se jouait autour d’elle pouvait être juste mais qu’elle avait dû refouler cette justesse en fonction des codes familiaux, au point de se rendre bête et de perdre toute confiance en elle ou au point d’être dans une telle ébullition intérieure que ses réactions la dépassent Etc…


C’est la fonction du thérapeute qui redonne ses droits à l’individu qui a été bafoué, mal traité, écrasé. Le thérapeute faisant alors office de « bon parent » tantôt mère, tantôt père, celui qui entend l’enfant, ses manques, ses besoins, ses choix, sans culpabiliser, nier, ergoter ; qui entend l’adulte, ses erreurs, ses tâtonnements, ses rêves, ses désespoirs avec patience et bienveillance.


Comme le dit encore Pierre-Yves Boily « L’attention que le sorcier vous porte est empreinte d’une pudeur chaleureuse et d’une curiosité sensible. Recevoir vos pleurs, légitimer vos colères, entendre vos rires, accepter vos contradictions, reconnaître vos peurs, être témoin de vos tensions et de vos détentes, retenir vos incertitudes et soutenir vos certitudes, voilà des ingrédients que les thérapeutes veulent incorporer dans leur mystérieuse recette relationnelle. »
« Nous les médecins de l’âme tentons de vibrer un moment au même diapason que vous (un moment seulement, pour ne pas nous empêtrer dans les même difficultés que vous). Nous cherchons à voir, à sentir, à entendre les nuances et les variations de vos émotions, de vos idées, de vos perceptions de vous même et des autres. … »


C’est cette fonction du thérapeute qui redonne de la consistance au Moi, celui-ci étant la base première de toute identification.
Accompagner l’autre dans les méandres de sa vie intérieure, c’est « prendre soin de lui » en étant attentif à sa voix, ses silences, la posture de son corps, sa respiration, les mots choisis,la position des coussins lorsque l’on travaille en gestalt etc.. c’est-à-dire à tous ces signes qui émanent de lui, dont il n’est pas conscient et qui lui permettent de s’approcher de plus en plus intimement.
Sous l’impulsion confiante du thérapeute c’est lui permettre de se donner ses propre réponses et ainsi d’acquérir une conscience plus aigue de son ordre intérieur.
Car là aussi, j’ai expérimenté plusieurs fois que pour redonner confiance à l’autre il est nécessaire d’avoir confiance dans les capacité de restructuration que tout être possède même si cette confiance est parfois mise à rude épreuve.
Voici ce que dit Pierre-Yves Boily à ce sujet : « A la base de toute vocation de sorcier, il y a le refus qu’une situation problématique soit sans issue. Il se peut que je ne trouve pas la solution mais elle existe ou peut être inventée. (….) la relation d’aide se fonde sur la croyance que l’expérience et les capacités des êtres humains peuvent dépasser le fatalisme, même dans des situations limites.»


Il arrive que certaines personnes craignent en entamant une thérapie de devenir égoïstes, égocentriques. Et il est vrai qu’après avoir permis de redonner du sens, et une consistance intérieure la thérapie peut aussi avoir un effet peu conciliable avec un véritable épanouissement : celui d’enfermer dans un fonctionnement monolithique : je sais ce qui est bon pour moi, c’est ce que je sens, c’est ma vérité et personne n’aura plus jamais le droit d’y toucher etc…
Le Moi devient alors un Ego enfermant et autoritaire sur une base d’autoprotection. L’extérieur reste encore symbole de danger.
Cela demande d’aborder une nouvelle étape de la thérapie, étape impossible à considérer avant qu’un minimum de sécurité intérieure soit établie.


Après s’être occupé de la personne blessée, et en quelque sorte lui avoir rendu justice, il est important de lui permettre de réaliser la place qu’elle occupe dans l’histoire familiale ; ce qu’est l’histoire de ses parents, celle des générations passées à l’époque où ils vivaient ; en somme d’élargir sa vision afin qu’elle puisse resituer dans leur contexte les faits qui l’ont ainsi éprouvé.
Voici ce qu’en dit Pierre Yves Boily : « Elargir le cadre de référence veut dire explorer votre difficulté en l’inscrivant dans un contexte conjugal, familial, organisationnel, social, historique, mondial, interplanétaire ou universel jusqu’à ce que vous y trouviez un sens. Cela ressemble au recul que l’on prend pour juger un tableau, pour voir le paysage représenté plutôt que les taches désordonnées qui nous apparaissent quand on a le nez dessus. Le sorcier cherche à discerner, dans ce qui vous apparaît comme un labyrinthe absurde et dangereux, le fil d’Ariane qui vous guidera loin du monstre dévorateur de vie. »


La psychogénéalogie entre dans ce contexte. Cela revient à aider la personne à faire le deuil des parents idéaux et par la même de la société idéale ; de cesser de réclamer un dû pour apprendre à se situer dans la réalité présente.
C’est la phase de la thérapie où il est nécessaire de réaliser ce qui cause en soi et même « qui ? » cause en soi lorsque nous sommes tant en difficulté.
Par qui et par quel fonctionnement sommes-nous possédés ? afin de pouvoir réellement naître à soi même comme le dit Nina Canault dans son livre « Comment paye-t-on la faute de ses ancêtres » : « C’est faire la part des mandats mal aboutis que nous avons repris à notre compte et dégager ce qui nous met authentiquement en résonance avec nous-même. »


Le thérapeute devient alors comme un passeur qui humanise, qui permet un élargissement de conscience, qui aide à identifier les souffrances passées et à guérir les âmes des ancêtres pour quelles ne planent plus dans la vie des patients comme des fantômes qui l’engloutissent.


Ceci dit, elles ne sont pas rares les personnes qui, de plus en plus conscientes de ce qui se passent en elles et de ce qu’elles répètent, n’arrivent pas à changer tel ou tel comportement tout en réclamant ce changement.
Et voici encore une nouvelle étape de la thérapie, celle de la métamorphose et du nettoyage énergétique. Celle où nous devenons conscients de notre propre responsabilité : continuons-nous à mettre le passé dans le présent où faisons-nous le choix de vraiment changer ?
C’est la phase ultime de la thérapie qui demande une extrême vigilance quotidienne tant au niveau de notre langage que de notre pensée.
Très difficile car il s’agit d’acquérir une vision de plus en plus nette de ses propre fonctionnements, du schéma familial qui les a créés et d’arracher de soi des réactions instinctives pour créer de nouveaux fonctionnements.
C’est la prise de conscience que notre instinct n’est pas automatiquement juste, qu’il peut n’être que la répétitions de fonctionnements asociaux.


le livre de Tobie Nathan : « L’influence qui guérit » m’a beaucoup aidé à mettre des mots sur ce que je ressentais confusément c’est à dire la nécessité de bousculer parfois le patient qui tout en ayant fait un long travail de thérapie reste fixé à ses ornières comme s’il se complaisait à ressasser la douleur.
Même si Tobie Nathan s’occupe plutôt d’un public de migrants cela m’a conforté d’entendre ces mots : « … Un sujet est toujours susceptible d’être révélé à lui-même, c’est à dire de naître. (…) D’un traumatisme nécessaire découle la possibilité de redémarrer tout le développement psychogénétique à partir d’un instant J qui marque la naissance initiatique du sujet. (…) Une telle conception réserve à l’instance thérapeutique la possibilité de réinscrire toute l’histoire déjà connue du sujet, déjà vécue, dans une nouvelle matrice qui rend caduques les significations précédentes. Ainsi les actes, les pensées et surtout les interprétations qu’en avait le sujet sont-ils invalidés d’un seul coup. Le sujet procède alors à une réinterprétation de son passé à la manière de la réécriture des livres d’histoire dans un monde de cauchemar orwellien. »

Cela demande au thérapeute d’aider la personne à se mettre comme à une place d’observateur, de contacter « son sage intérieur » qui sait, qui voit et qui peut objectiver les conditionnements dans lesquels elle est empêtrée.
Voici comment en parle Eckart Tolle : « Tout comme vous ne pouvez vous battre contre l’obscurité, vous ne pouvez pas non plus vous battre contre votre souffrance. Essayer de le faire créerait un conflit intérieur et par conséquent davantage de souffrance. Il suffit de l’observer et cela suppose de l’accepter comme une partie de ce qui est en ce moment. (…) Si vous regardez attentivement vous découvrez que votre façon de penser et votre comportement font en sorte d’entretenir la souffrance, la vôtre et celle des autres. (…) Soyez en permanence le vigilant gardien de votre espace intérieur. La souffrance alimente la flamme de votre conscience qui, ensuite brille par conséquent d’une lueur plus vive. Voilà la signification ésotérique de l’art ancien de l’alchimie : la transmutation du vil métal en or, de la souffrance en conscience. »


Le thérapeute devient celui qui aide à réaliser combien il est facile d’entretenir son mal être et combien nous sommes nous-même responsables de la mise en place de notre bonheur.
le thérapeute, en fonction de sa propre démarche personnelle, peut aider ou non à amorcer cette démarche. Nous arrivons à la dimension plus spirituelle de la thérapie qui demande autant d’acceptation et de tolérance vis-à-vis de soi-même que d’exigence.
Qualités qui lorsqu’elles s’acquièrent en soi se développe dans la relation aux autres et participent un peu à la transformation du monde.

Après avoir parlé de ces différentes étapes de la thérapie, il est évident que certaines ne seront jamais abordées avec des patients car certains ne recherchent pas cette profondeur.
Il est fondamental que le thérapeute respecte la demande du patient. N’oublions pas, il est à son service pour le soin qu’il demande même si cela le « chatouille » d’avoir envie de mener l’autre plus loin. La mise en place du respect et de l’autodétermination de l’autre est aussi grandement thérapeutique de même que la conscience que la thérapie n’est qu’un sas dans la vie.


J’aime beaucoup comment en parle Pierre-Yves Boily : « La fin d’une relation d’aide ne marque pas la fin du processus de résolution de votre problème. Quand vous abandonnez le sorcier, vous reprenez une grande aventure, un long pèlerinage, une expédition périlleuse semée de difficultés, votre vie. Tant que dure votre relation avec le psy, vous êtes comme un voyageur en transit (…) Pour poursuivre votre route, vous devez quitter celui qui vous a aidé à dessiner une carte. »